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Les Variations Diabelli

Le génie se nourrit quelquefois d’échecs. Les œuvres les plus originales ne seraient pas toujours les plus réussies : le génie supposerait une certaine démesure, alors que la réussite s’y oppose. Regardez tel des ultimes quatuors de Beethoven, le finale encanaillé de sa 9ème symphonie, ou la sonate Hammerklavier avec sa fugue d’un sublime quelque peu indigeste ; ce sont là des chefs-d’œuvre qui ouvrent sur des perspectives inouïes, autant qu’escarpées et abstruses. Les Variations Diabelli me semblent être de la même étoffe ; elles ne comptent guère parmi ce qu’on appellerait les succès, les « réussites parfaites » de l’histoire de la musique, ni même parmi celles de Beethoven. Plus modérées, plus équilibrées, ses œuvres premières en sont sans doute des exemples meilleurs. C’est que, à l’égal des Variations Goldberg et de L’Art de la Fugue, le cycle des Variations Diabelli ne laisse pas de contrarier aussi bien ses fervents que ses détracteurs. Il porte la marque du génie ; or le génie est quelquefois non point un amuseur, mais un trouble-fête qui, à l’inverse des talents, pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Comment entre autres trancher celui de cette « Fantaisie et Fugue » qui, divagation, égarement hors du temps par-delà un Chopin et un Bach, tout ensemble fait et « ne fait pas partie » du cycle ? Comment, à la faveur de quelques accords vacillants qui viennent interrompre la Fugue, retrouver tout à la fois un fil depuis longtemps perdu et ce qui sera la fin : un anéantissement dans la béatitude du temps élargi, une sorte d’Arietta sans le support des trilles ?

Andrei Vieru

Andrei Vieru nous propose dans un disque bien rempli – les Onze Bagatelles sont un vrai « plus » – une autre vision du monument. Le grand mérite de Vieru est d’avoir tranché d’une manière radicale dans le foisonnement des possibles. Prenez par exemple la Variation 31 : sa lenteur d’exécution est à peine croyable. C’est très beau mais c’est choquant.

Classica

Andrei Vieru souligne la richesse des harmonies, suit la construction savante et nous rappelle que la partition est un chef-d’œuvre d’une complexité fascinante, à laquelle se doit de suffire une lecture rigoureuse.

L’exigence de l’interprète atteint son but ; tout est dit : l’esprit, le rythme, les coupures, le caractère épique, énigmatique, martial, l’humour,la tension, les chocs dramatiques, explosifs, la douceur et la joie.
Les Bagatelles soutiennent le même intérêt.

Le Bien Public

Dans sa discographie des Variations Diabelli, Jens Hagestedt regrettait que Glenn Gould n’ait pas laissé d’enregistrement et que quasiment aucun pianiste n’ait vraiment laissé de traces satisfaisantes de la partie centrale du Largo. Andrei Vieru a comblé ce manque – son jeu dans les passages difficiles est d’une merveilleuse élasticité, et culmine dans la 31ème variation, que le pianiste soumet très bien à un étirement qui en double la durée par rapport au tempo habituel.

Les Bagatelles sonnent comme des pièces ténues et fragiles : de ces pièces se dégage une impression de mélancolie résignée.

Fono Forum

Vieru analyse, questionne, défie l’architecture globale tout en s’immergeant avec autant d’intelligence décapante que d’humilité dans la pensée de Beethoven.

On est conquis par l’effacement du pianiste, qui devient presque mystérieux, voire onirique dans les dernières variations sans rien négliger de leur part d’humour et d’humanité. Dans les Onze Bagatelles op. 119, Andrei Vieru concilie avec la même singularité ferveur, calme et hauteur de vue.

Le Monde de la Musique

Ce penseur de la musique est aussi poète qui sait, grâce à un touché des plus subtils, faire chanter et danser les notes. Les aphorismes des Bagatelles et l’architecture des Variations Diabelli sont pour ce pianiste un programme « sur mesure » dont il restitue la diversité, la richesse et l’humour bougon.

Haute Fidélité

© 1994-2017 Andrei Vieru. Tous droits réservés.

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